Quatre questions sur le sondage sur les musulmans de France publié dans le "JDD".

 Je copie colle, et je commente.

Cette enquête, réalisée par l'Ifop, sert de base à une étude de l'Institut Montaigne qui esquisse un portrait inédit des musulmans de France, parfois à rebours de certaines idées reçues.

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C'est une enquête qui risque de faire polémique, alors que la vague d'attentats jihadistes depuis 2015 et l'approche de l'élection présidentielle enflamment les débats sur la place de l'islam en France. L'Ifop a réalisé un sondage qui sert de base à une étude de l'Institut Montaigne sur les musulmans de France et dont le JDD publie les résultats dimanche 18 septembre. Ces travaux soulèvent plusieurs questions. 

Que révèle cette enquête ?

Dans son sondage, l'Ifop distingue trois grands groupes, en fonction des pratiques des personnes sondées, de leur attachement à la laïcité, au port du voile ou à la consommation de viande halal.

Le premier groupe, largement majoritaire avec 46%, compte des musulmans "soit totalement sécularisés, soit en train d'achever leur intégration" sans renier leur religion. Le deuxième groupe, représentant 25%, est plus pieux et plus identitaire tout en rejetant le voile intégral. Le dernier groupe, que l'Ifop évalue à 28%, réunit des croyants qui ont "adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République", s'affirmant "en marge de la société". Les jeunes, les moins insérés dans l'emploi et les convertis sont les plus disposés à adhérer à ce modèle, jusqu'à 50%.

Le rapport qu'a rédigé l'Institut Montaigne à partir de cette enquête d'opinion esquisse un portrait des musulmans de France. Il avance que les musulmans représentent 5,6% des habitants de métropole (soit entre 3 et 4 millions d'habitants), soit la plus importante communauté musulmane d'Europe. 

Une écrasante majorité des musulmans interrogés - aux trois quarts de nationalité française - ne refusent pas la mixité, acceptant de se faire soigner par un médecin (92,5%) ou de serrer la main d'une personne (88%) du sexe opposé. Côté pratiques, deux traits saillants sont très largement partagés : 70% des personnes interrogées déclarent "toujours" acheter de la viande halal et 65% sont favorables au port du foulard. 

Dans le détail, 26% des hommes rejettent le port du voile contre 18% des femmes, mais 65% des femmes musulmanes ne le portent pas. Quelque 37% des personnes de culture musulmane considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée et 24% sont favorables au port du niqab. Quant à la fréquentation des mosquées, 30% des musulmans interrogés ne s'y rendent jamais, et autant ne le font au mieux que lors des grandes célébrations du ramadan.

Comment ce sondage a-t-il été réalisé ?

Ce sondage a été mené par l'Ifop auprès de 1 029 personnes de confession ou de culture ou d'ascendance musulmane, dont 874 se déclarant musulmanes, les 155 autres étant définies comme "non musulmanes ayant au moins un parent d'ascendance musulmane". Ces personnes ont été extraites d'un échantillon représentatif (méthode des quotas) de 15 459 habitants de métropole, âgés de 15 ans et plus.

Ces statistiques religieuses sont-elles légales ?

Une loi du 6 janvier 1978, la "loi informatique et libertés", interdit de recueillir et d’enregistrer des informations faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines "raciales" ou "ethniques", ainsi que l'appartenance religieuse des personnes, rappelle Le Monde. Enfreindre cette loi est passible d'une peine de cinq ans de prison et de 300 000 euros d’amende. 

Des dérogations sont toutefois accordées à certains instituts de recherche, mais selon des critères très stricts, indique le quotidien. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) étudie chaque demande d'enquête, en fonction de la finalité des recherches, de l’institut qui les mène, du consentement des personnes concernées et du respect de leur anonymat, précise le journal.

Cette interdiction des statistiques ethniques et religieuses fait débat en France depuis des décennies, rappelle Le Monde. De nombreux sociologues plaident en faveur de la levée de cet interdit, afin, argumentent-ils, de pouvoir travailler sur les inégalités et les discriminations liées à ces critères. D'autres mettent en revanche en avant le risque d'instrumentalisation politique de tels travaux.

Quelles réactions cette étude suscite-t-elle ? 

L'Institut Montaigne, "think tank" d'obédience libérale, conclut de cette enquête qu'il n'y a pas de "communautarisme musulman unique et organisé" et que "la question sociale est la priorité des musulmans interrogés, bien avant les questions religieuses ou identitaires". Il ajoute qu'une nouvelle organisation de l'islam, "financée par de l'argent français" et s'appuyant "sur des femmes et des hommes nouveaux", apparaît nécessaire, alors que le Conseil français du culte musulman (CFCM) n'est vu comme représentatif que par 9% des personnes sondées. 

L'Institut Montaigne formule plusieurs recommandations, comme la nomination d'un "grand imam de France", la création d'un secrétariat d'Etat aux Affaires religieuses et à la Laïcité, ou encore un enseignement renforcé de l'arabe à l'école publique.

L'écologiste Cécile Duflot a pour sa part souligné dimanche sur BFMTV qu'"une immense majorité des musulmans de ce pays vivent normalement". La candidate à la primaire écologiste a appelé à ne pas "agiter les peurs" avec ce type d'études statistiques, en l'absence d'un travail sociologique approfondi.

L'ancien Premier ministre François Fillon a, lui, jugé au "Grand rendez-vous" Europe1/i-Télé/Les Echos qu'"il y a une sorte de dynamique en faveur de la radicalisation" au vu de cette étude. Le candidat à la primaire à droite a milité en faveur de "statistiques pour pouvoir avoir les moyens de traiter un sujet qui est celui de l'islam radical".

 

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